Toxicité du plomb sur l’organisme

Le plomb est un toxique cumulatif qui perturbe de nombreuses voies métaboliques et différents processus physiologiques. Il est particulièrement nocif pour les jeunes enfants. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que chaque année l’exposition au plomb entraîne 600 000 nouveaux cas de déficience intellectuelle chez l’enfant dans le monde.
Les principaux organes cibles sont le système nerveux central, les reins et le système hématopoïétique.
Le plomb est absorbé par voie digestive (40 %-60 % chez l’enfant).
L’absorption est augmentée par la carence en fer et en calcium.
– par voie respiratoire (poussières).
– par voie sanguine (dans le cas de la transmission mère-fœtus).
Le plomb se distribue dans les tissus mous de l’organisme (5 % à 10 %), dans les reins, le foie, la rate, le cerveau et dans le sang. La demi-vie du plomb (temps nécessaire à l’élimination de la moitié de la charge) est de 36 à 40 jours dans le sang et supérieure à 10 ans dans les os (jusqu’à 27 ans dans la corticale tibiale). La plus grande partie du stock osseux de plomb est liée à l’os compact et ne produit pas d’effet toxique, mais le plomb peut être déstocké en cas de déminéralisation (ostéoporose, tumeur osseuse, fracture, immobilisation prolongée). La réserve de plomb biologique augmente pendant la grossesse et  l’allaitement. Le plomb franchit facilement la barrière placentaire et, à la naissance, les plombémies de la mère et de l’enfant sont peu différentes.
L’excrétion du plomb est principalement urinaire, mais se fait également par les selles, la salive, la sueur, les cheveux et les ongles. L’excrétion lactée est faible et ne contre-indique pas l’allaitement maternel. Souvent aucun signe n’alertera l’entourage. Si des signes existent, ils ne sont pas nécessairement typiques du saturnisme : mal au ventre, mal à la tête, fatigue, troubles de la mémoire, troubles de l’humeur, problèmes scolaires…

Effets sur le système nerveux

Les travaux récents montrent que les effets neurotoxiques du plomb ne connaissent pas de seuil. Les troubles mentaux organiques sont durables et les individus intoxiqués pendant leur petite enfance peuvent garder des séquelles leur vie durant. Celles-ci diffèrent selon l’importance de l’exposition. Une intoxication importante peut provoquer une encéphalopathie se traduisant par une apathie, des céphalées, des vomissements, puis confusion, somnolence, des troubles de l’équilibre suivis d’un coma et de convulsions entraînant dans certains cas un décès. Des séquelles neurologiques et comportementales importantes peuvent être remarquées. Ces formes graves de l’intoxication sont observées lorsque la plombémie dépasse 700 μg/L (généralement 1000 μg/L chez l’enfant et 2000 μg/L chez l’adulte).
Des intoxications moins sévères peuvent être à l’origine d’une irritabilité, de troubles du sommeil, d’anxiété, de perte de mémoire, de confusion et de fatigue ; elles correspondent à des plombémies comprises entre 500 et 700 μg/L chez l’enfant. Dans les intoxications plus faibles (sans seuil repéré), les effets sont invisibles et se traduisent par un retard du développement psychomoteur, des troubles de l’attention, de la mémoire et des apprentissages, des troubles du comportement et une baisse de l’acuité auditive.

 

Effets rénaux

Une exposition massive aiguë peut entraîner une atteinte rénale, généralement concomitante d’une encéphalopathie aiguë. La plombémie est alors en général supérieure à 700 μg/L. Une exposition prolongée à un niveau correspondant à une plombémie supérieure à 600 μg/L peut conduire à une insuffisance rénale chronique.

Effets sur la reproduction

La toxicité testiculaire se traduit par un retard sur la puberté, une hypofertilité avec altération de la production de spermatozoïdes, quand les plombémies sont supérieures à 150 μg/L. Une augmentation du délai pour concevoir peut être observée quand la plombémie est supérieure à 200 μg/L.
Le plomb a des effets sur le développement fœtal et la grossesse. Il augmente le risque d’avortement, d’accouchement prématuré et de petit poids à la naissance. Le plomb passe la barrière placentaire et sa toxicité sur le système nerveux central expose l’enfant à des effets durables, et cela sans seuil.

Effets hématologiques

Le plomb freine la synthèse de l’hémoglobine en inhibant l’activité de plusieurs enzymes. Il réduit la durée de vie des globules rouges et modifie le métabolisme du fer dont il est un compétiteur. Une anémie par carence en fer favorise le saturnisme.

 

Effets sur le système cardiovasculaire

De nombreuses études ont mis en évidence une relation entre l’augmentation de la plombémie et l’augmentation de la tension artérielle qui pourrait survenir pour des plombémies de l’ordre de 70 μg/L.

Effets cancérogènes

Des études récentes chez l’adulte en milieu professionnel suggèrent un effet cancérogène du plomb (poumon, estomac et peut-être vessie). Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (US-EPA) ont classé le plomb inorganique et ses composés dans les groupes des cancérogènes probables pour l’homme.