A l’occasion de la semaine internationale pour la prévention de l’intoxication au plomb, qui se déroule cette année du 18 au 24 octobre, l’Organisation mondiale de la santé a rappelé que l’exposition au plomb est « responsable de millions de morts dans le monde et de dommages irréversibles chez les enfants » et « demeure une menace sanitaire mondiale » : Le plomb, ce métal toxique qui tue 3,5 millions de personnes par an | ONU Info.
A l’AFVS, nous avons choisi de profiter de cette semaine pour répondre aux questions qui nous sont régulièrement posées sur le saturnisme, l’actualité de cette problématique de santé publique en France, les moyens de s’en protéger …
Qu’est-ce que le saturnisme ?
Le saturnisme est une intoxication aiguë ou chronique provoquée par l’absorption de plomb. Ce métal toxique peut pénétrer dans l’organisme par ingestion (poussières, écailles de peinture, eau, aliments) ou par inhalation, puis s’accumuler dans le sang et les os. Chez l’enfant de moins de 18 ans, on parle de saturnisme infantile. Chez l’adulte, le saturnisme est le plus souvent lié à une activité professionnelle ou de loisir.
Pourquoi le plomb est-il dangereux ?
Le plomb n’a aucun rôle physiologique connu chez l’homme. Sa présence dans l’organisme témoigne donc systématiquement d’une contamination. L’OMS rappelle qu’il n’existe pas de seuil en dessous duquel l’exposition au plomb serait sans effet nocif. Ce toxique sans seuil a été classé « CMR » (cancérogène, mutagène et reprotoxique) par le code du travail ; par ailleurs, il ne se décompose pas avec le temps et contamine nos environnements.
Quels sont les effets du plomb sur la santé ?
Chez le jeune enfant, dont le système nerveux est en développement, le risque est la diminution des performances cognitives, des troubles de l’attention et du comportement, une baisse de l’acuité auditive et une altération du développement staturopondéral et sexuel.
Chez l’adolescent et l’adulte, le plomb augmente le risque d’hypertension artérielle et de maladie rénale chronique.
Le plomb est un reprotoxique avéré. Il est responsable de retard pubertaire (taille des testicules, développement des seins, âge des premières règles). Ces effets sont sans seuil.
La toxicité chez l’homme est testiculaire et se traduit par une baisse des spermatozoïdes, une diminution de leur mobilité et une augmentation des formes anormales.
Chez la femme les effets sur le développement fœtal et la grossesse se traduisent par une augmentation d’avortements et d’accouchements prématurés. Le risque augmenté de petit poids de naissance est avéré par des études. Le plomb passe la barrière placentaire et à la naissance la plombémie de la mère et du nouveau-né sont les mêmes. Le nouveau-né est exposé aux effets toxiques du plomb sur le système nerveux.
Qui est le plus à risque ?
Tout le monde peut être touché, mais les vulnérabilités et les enjeux sont différents en fonction des publics.
Les enfants sont les plus sensibles, et ce pour trois raisons : ils ont une absorption digestive supérieure ; leur système nerveux est en plein développement ; les plus jeunes portent certaines choses à leur bouche et ils s’intoxiquent donc plus facilement avec les poussières de plomb.
Le seuil de déclaration du saturnisme infantile est de 50 µg/L. Les enfants vivant dans des logements anciens, à fortiori s’ils sont dégradés, ont un risque plus important de s’intoxiquer.
La femme enceinte peut s’intoxiquer pendant la grossesse. Le plomb traversera alors le placenta et intoxiquera le fœtus. Le fœtus est extrêmement fragile, et accumule le plomb dans le cerveau et le squelette. L’intoxication pendant la grossesse peut provoquer des troubles de la croissance du fœtus, une prématurité, des altérations du développement cérébral du fœtus avec atteinte des fonctions cognitives, visuelles et auditives.
Certains adultes peuvent être exposés dans le cadre de leur travail, notamment s’ils et elles travaillent dans un immeuble ancien, pour le réhabiliter ou pour enlever les anciennes peintures. De même pour les ouvriers qui sont affectés à certains chantiers de monuments historiques, comme la Tour Eiffel. Certains artisans travaillant au contact du plomb peuvent également être exposés (vitraillistes, potiers/céramistes, …).
Le saturnisme existe-t-il encore en France ?
Oui. Les intoxications sont souvent moins fortes qu’auparavant et sont devenues plus rares. Mais cela n’a pas disparu : pour Santé publique France, le saturnisme demeure une préoccupation de santé publique en France. C’est une maladie à déclaration obligatoire et chaque cas doit déclencher une enquête pour identifier et supprimer la source de plomb accessible.
Quelle est l’ampleur du problème ?
En France, il n’existe pas de système national de surveillance de l’intoxication au plomb chez les adultes. Les seules données disponibles concernent les enfants, grâce au système national de surveillance des plombémies de l’enfant créé en 2004 et dont les chiffres sont publics sur le portail Odissé de Santé publique France.
Chaque année, plusieurs centaines de nouveaux cas de saturnisme infantile sont dépistés. Le nombre de nouveaux cas était de 417 en 2020, 534 en 2019 et 765 en 2018.
Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie du problème car le nombre de plombémies prescrites et réalisées baisse depuis 2004. Or, moins on dépiste, moins on repère de cas. Ainsi, un enfant intoxiqué mais non dépisté n’apparaît dans aucune statistique. La baisse du nombre de cas déclarés ne peut donc pas être interprétée comme une baisse équivalente de l’exposition.
Ces données donnent ainsi une indication partielle de l’ampleur du problème, dont l’étendue réelle est supérieure.
D’où vient le plomb ?

Comment savoir si on est intoxiqué ?
Le saturnisme passe souvent inaperçu car les symptômes sont peu spécifiques. Seule une prise de sang, la plombémie, permet de confirmer l’intoxication. Elle se fait sur prescription médicale. Il est possible d’en discuter avec son médecin, la PMI ou sa sage-femme, si on pense être exposé au risque plomb. Si la plombémie atteint 50 µg/L, il s‘agit d’un cas de saturnisme infantile. Le médecin doit remplir un certificat de déclaration obligatoire (DO), ce qui déclenche la réalisation d’une enquête environnementale par l’Agence Régionale de santé.
Peut-on guérir du saturnisme ?
Il n’existe aucun traitement permettant d’agir sur les effets de l’intoxication au plomb. Les séquelles neurologiques ou de développement, notamment chez les enfants, peuvent être irréversibles.
La seule protection efficace est préventive : identifier les sources d’exposition au plomb dans son environnement pour les supprimer ou s’en protéger. Il est donc possible d’arrêter l’intoxication en éloignant la source de plomb. Par ailleurs, une partie du plomb absorbé sera naturellement éliminée par voie urinaire. Une chélation peut être prescrite afin de favoriser son évacuation par les urines, mais ce traitement a de effets secondaires. Il n’est prescrit qu’aux patients présentant des taux de plombémie très élevés.
Comment se protéger ?
– Identifier les sources de plomb accessible dans son environnement
Le premier réflexe pour se protéger du plomb est de savoir si on y est exposé. On peut identifier cela en vérifiant la date de construction de son logement (les peintures contenant du plomb ont été utilisées par les professionnels du bâtiment jusqu’en 1949 puis ont continué à être vendues au détail et donc utilisées par le particulier au moins jusque dans les années 70, voir 1990 ), la qualité des peintures (sont-elles dégradées ?), la nature de ses canalisations et les activités ou produits du quotidien susceptibles d’en contenir.
– Les recommandations du ministère de la Santé : Recommandations pour la prévention de l’exposition au plomb – Ministère de la Santé, de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées
– Par ailleurs, la France dispose d’une réglementation dense visant à sa prévention.
Ce que prévoit la réglementation du logement
– Un diagnostic obligatoire : le constat de risque d’exposition au plomb (CREP). Ce diagnostic doit être réalisé par un professionnel certifié, qui mesure la concentration en plomb des revêtements (peintures, enduits) des logements construits avant 1949. Il sert à repérer les peintures dégradées qui peuvent exposer les occupants, en particulier les enfants et les femmes enceintes. Il est obligatoire pour les logements construits avant le 1ᵉʳ janvier 1949 : le propriétaire doit le fournir en cas location ou de vente. Si le CREP révèle des revêtements dégradés au-dessus du seuil de 1 mg/cm², des travaux sont obligatoires pour supprimer le risque.
– Un diagnostic déclenché par les autorités sanitaires : le diagnostic du risque d’intoxication par le plomb des peintures (DRIPP). Ce diagnostic est réalisé dans le cadre de l’enquête environnementale menée par l’ARS ou le service communal d’hygiène et de santé quand un enfant est intoxiqué ou quand un immeuble présente un risque pour un mineur. Il porte sur les revêtements des immeubles fréquentés par la personne mineure.
Si des revêtements dégradés contenant du plomb sont à l’origine du risque, le préfet prend un arrêté qui contraint le propriétaire à réaliser les travaux nécessaires dans un délai d’un mois (ou de trois mois si les occupants doivent être hébergés). Si le propriétaire ne s’exécute pas, le préfet fait réaliser les travaux d’office aux frais du propriétaire.
– Un signalement : en cas de doute sur la présence de plomb accessible dans l’environnement d’un enfant, notamment son logement, tout citoyen peut alerter l’ARS ou le service d’hygiène de la commune.
Ce que prévoit la réglementation du travail
Les valeurs limites d’exposition professionnelles (VLEP) à ne pas dépasser pour les travailleurs exposés au plomb sont de 400 µ/L chez l’homme et 300 µg/L chez la femme.
Le travail sur les chantiers présentant un risque plomb est encadré par une réglementation qui vise à protéger les travailleurs et prévenir toute intoxication au plomb.
Comment l’AFVS agit au quotidien pour lutter contre le saturnisme ?
Au quotidien, l’AFVS agit pour informer largement sur les dangers du plomb, accompagner sur le plan social et juridique les personnes qui y sont exposées, veiller à l’application de la réglementation et œuvrer à son renforcement. N’hésitez pas à nous contacter !
Quelques ressources pour aller plus loin :
Pour les professionnels de santé :